Sur un dépôt, la question n'est pas combien de bornes installer mais quelle puissance raccorder. Quatre grands fourgons électriques qui rentrent le soir redemandent environ 134 kWh en une nuit. Étalés sur onze heures, cela fait 12 kW. Quatre bornes non pilotées en appellent 44 d'un seul coup.
Combien de bornes pour une flotte de quatre utilitaires ?
Un point de recharge par véhicule qui dort au dépôt. Cette partie-là est simple.
La suite l'est moins, parce que le réflexe consiste à multiplier la puissance des bornes par leur nombre et à demander au gestionnaire de réseau un raccordement à la hauteur. C'est ainsi qu'un patron de PME se retrouve avec un devis de renforcement de cabine pour une flotte de quatre camionnettes.
Posons le calcul dans l'autre sens, celui de l'énergie. Une tournée de 120 km par jour, en comptant 28 kWh aux 100 km (une valeur qu'un grand fourgon électrique tient à vide sur du périurbain et dépasse largement chargé en hiver), consomme 33,6 kWh. Multipliés par quatre véhicules, cela fait 134 kWh à remettre dans les batteries entre 19 h et 6 h le lendemain.
Le chiffre qui compte : 134 kWh divisés par 11 heures, cela donne 12,2 kW. Un raccordement triphasé standard de PME encaisse ça sans discuter.
Faut-il vraiment 22 kW par borne ?
Non, et deux raisons se cumulent.
La première tient au véhicule. Une borne ne charge jamais plus vite que le chargeur embarqué du fourgon ne l'accepte en courant alternatif. Le Ford E-Transit et ses 68 kWh de batterie plafonnent à 11 kW, le Renault Master E-Tech à 7,4 kW de série avec 22 kW en option, le Mercedes eSprinter à 11 kW. Brancher un Master de série sur une borne de 22 kW ne le remplit pas plus vite d'une minute.
La seconde tient à la facture de réseau, et elle est proprement belge. En Flandre, le tarif capacitaire s'applique depuis 2023 : le gestionnaire relève la puissance la plus élevée mesurée sur un quart d'heure dans le mois, en fait la moyenne des douze derniers mois, et multiplie par un tarif fixe. Fluvius explique le mécanisme sur sa page consacrée au tarif capacitaire et facture un plancher de 2,5 kW même si la pointe réelle est inférieure. Le tarif 2026 tourne autour de 53 € par kilowatt et par an hors TVA.
| Dépôt de 4 fourgons, 134 kWh à livrer par nuit | Puissance appelée au pic | Recharge terminée | Coût annuel de la pointe (Flandre, ≈ 53 €/kW) |
|---|---|---|---|
| 4 bornes de 11 kW, aucun pilotage | 44 kW | vers 22 h | ≈ 2 330 € |
| 4 bornes de 11 kW, pilotage à 15 kW | 15 kW | vers 4 h | ≈ 795 € |
| 2 bornes doubles pilotées, charge de nuit | 12 kW | vers 6 h | ≈ 636 € |
Même énergie, même flotte, même kilométrage. Entre la première et la dernière ligne, il y a 1 694 € par an et un logiciel de répartition de charge.
Installer une borne au dépôt : la procédure en sept étapes
Comptez six à dix semaines entre la décision et le premier véhicule branché, dont l'essentiel en délais administratifs.
- Relever la puissance souscrite au compteur (30 minutes). Elle figure sur la facture et sur le disjoncteur de tête. C'est le plafond dans lequel tout doit tenir, éclairage d'atelier et compresseur compris.
- Additionner l'énergie réelle des tournées (1 heure). Kilométrage quotidien par véhicule, consommation constatée, heure d'arrivée et heure de départ. Ce tableau décide de tout le reste.
- Demander une étude à un installateur agréé (1 à 2 semaines). Il vérifie le tableau, la section des câbles, la mise à la terre et la place pour les protections différentielles.
- Arbitrer entre pilotage et renforcement (variable). La répartition de charge coûte presque toujours moins cher qu'une augmentation de puissance souscrite, et elle s'installe sans travaux de voirie.
- Poser les bornes et le compteur de pilotage (1 à 3 jours). Le compteur mesure la consommation du site pour laisser la charge s'adapter en temps réel.
- Faire contrôler l'installation (1 semaine). Un organisme agréé délivre le rapport de conformité avant mise en usage. En non domestique, il vaut cinq ans, contre vingt-cinq en domestique.
- Déclarer les bornes au gestionnaire de réseau (30 secondes par borne). Obligation légale, et l'étape que tout le monde saute.

Suis-je obligé d'équiper mon parking ?
Une directive européenne, trois transpositions, trois règles. Toutes s'appliquent depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, bâtiments existants compris.
| Wallonie | Bruxelles | Flandre | |
|---|---|---|---|
| Seuil, bâtiment non résidentiel | plus de 20 emplacements | 10 emplacements et plus | plus de 20 emplacements |
| Points de recharge exigés | au moins 1 | 10 % des places, minimum 2 | au moins 2 |
| Précâblage ou gaines | 1 emplacement sur 5 | selon le ratio | 1 sur 4 (neuf et rénovation lourde) |
| Dérogation PME | oui, PME au sens de la recommandation 2003/361/CE | non prévue | non prévue |
| Sanction annoncée | amende administrative PEB | amende administrative | 2 000 € par point manquant, 1 000 € par emplacement sans gaine |
| Prochaine échéance | transposition de la directive 2024/1275 | 20 % des places au 1ᵉʳ janvier 2030 | 1ᵉʳ janvier 2027 pour les existants |
Deux lignes comptent. Le décret PEB wallon et l'arrêté du 11 janvier 2023 dispensent les PME au sens européen, soit la quasi-totalité des entreprises de construction wallonnes. Et à Bruxelles, une borne d'au moins 50 kW vaut cinq points de recharge : un dépôt de 25 emplacements en doit trois, une seule borne rapide règle le compte.
Trois Régions, trois seuils, trois sanctions. La seule chose qu'elles partagent, c'est la date d'entrée en vigueur.
Quelles aides restent en 2026 ?
La bonne période est passée. La déduction majorée qui portait les bornes accessibles au public à 200 % puis à 150 % des frais s'est éteinte le 31 août 2024.
Reste la déduction pour investissement réformée en 2025, dans laquelle l'infrastructure de recharge figure sur la liste thématique du transport sans émission carbone : 40 % pour les indépendants et les petites sociétés, 30 % pour les grandes, sur un investissement neuf d'au moins 1 000 € affecté en Belgique. La distinction de taux doit disparaître à l'exercice d'imposition 2027.
Les Régions, elles, ne subsidient plus une borne seule. Bruxelles fait exception, et c'est la meilleure nouvelle du dossier pour qui achète un utilitaire : la prime Utilitaire électrique de Bruxelles Économie et Emploi couvre de 5 à 40 % des dépenses éligibles, jusqu'à 16 000 € par véhicule électrique, borne de recharge comprise, dans la limite de trois véhicules et trois bornes par an et d'un plafond de 48 000 €. La demande part dans les six mois de la facture d'achat, et la facture de la borne ne peut pas précéder celle du véhicule de plus de trois mois. Cet ordre de facturation recale des dossiers.
Ailleurs, rien pour une camionnette : l'Ecologiepremie+ flamande ne vise que la recharge rapide des bus et des camions, et la Wallonie renvoie au prêt Easy'Green, qui est du financement.
Quelle borne choisir pour un dépôt ?
Deux critères avant la marque : la répartition de charge et le comptage.
La répartition de charge, parce que c'est elle qui transforme quatre bornes de 11 kW en une installation de 12 kW. L'Alfen Eve Double Pro-line délivre 22 kW en triphasé sur deux prises Type 2 et pilote la charge en dialoguant avec le compteur numérique ou un compteur externe en Modbus TCP/IP, d'après la fiche technique du constructeur. Le belge Smappee, installé en Flandre occidentale, propose la même logique sur son EV Base, jusqu'à deux fois 22 kW avec répartition dynamique à l'échelle du site.
Le comptage, ensuite, parce qu'un dépôt mélange les usages. Un compteur MID intégré et un lecteur RFID séparent la recharge d'une voiture de société de celle d'un utilitaire de la flotte, permettent de refacturer et sortent un relevé propre pour la comptabilité.
La borne en courant continu, elle, ne se justifie presque jamais ici. Un fourgon qui dort onze heures n'en a aucun besoin.
Les cinq erreurs qui font grimper la facture
Elles reviennent toutes au même point : dimensionner sur la borne plutôt que sur l'usage.
- Additionner la puissance des bornes. Quatre fois 11 kW ne donne pas la puissance à souscrire, mais la pointe à éviter.
- Acheter du 22 kW pour des véhicules qui chargent à 7,4. Le chargeur embarqué du fourgon est le vrai plafond, et il se lit sur la fiche technique.
- Oublier le reste du dépôt. Compresseur, pont élévateur, chauffage d'atelier : la pointe du mois se joue souvent à 8 h du matin, pas la nuit.
- Négliger la déclaration au gestionnaire de réseau. Trente secondes, une obligation légale, et un dossier plus simple le jour d'une augmentation de puissance.
- Facturer la borne avant le véhicule à Bruxelles. La prime impose l'ordre inverse dans une fenêtre de trois mois.
Notre verdict
Quand je gérais la flotte, l'électrification butait toujours sur le devis de raccordement, et personne, ni chez l'installateur ni chez le gestionnaire de réseau, ne commençait par demander à quelle heure les véhicules rentraient le soir. On dimensionnait sur le catalogue.
Un dépôt d'utilitaires est pourtant le meilleur cas de figure qui existe pour la recharge : les véhicules rentrent tous au même endroit, ils y restent onze heures, et on connaît leur kilométrage au kilomètre près. Sur le marché belge, la difficulté n'est ni la borne ni le véhicule. C'est de faire admettre que la puissance souscrite se calcule sur onze heures, pas sur trois.
Si vous en êtes au choix des véhicules, notre comparatif des meilleurs utilitaires électriques en Belgique trie par autonomie réelle et charge utile, l'arbitrage électrique ou diesel pour une flotte pose le coût au kilomètre, le guide quel fourgon moyen pour une flotte trie par gabarit, et le comparateur filtre sur la consommation et la charge utile.
Sources : Fluvius, pages « Tarif capacitaire » et « Comment le tarif capacitaire est-il facturé » ; Cellule Mobilité AKT for Wallonia, « Règlementations PEB concernant les bornes de recharge pour véhicules électriques » (décret PEB du 17 décembre 2020, arrêté du gouvernement wallon du 11 janvier 2023 publié au Moniteur belge le 17 mars 2023, article 54/8 du décret électricité du 15 octobre 2022) ; arrêté du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale du 29 septembre 2022 déterminant les ratios de points de recharge pour les parkings ; Vlaams Energie- en Klimaatagentschap (VEKA), obligations de laadinfrastructuur au 1ᵉʳ janvier 2025 et montants des amendes administratives ; Bruxelles Économie et Emploi, fiche « Prime Utilitaire électrique » ; directive (UE) 2024/1275 sur la performance énergétique des bâtiments ; fiches techniques Alfen (Eve Double Pro-line) et Smappee (EV Base) ; données constructeurs Ford, Renault et Mercedes-Benz pour les capacités de batterie et les puissances de charge en courant alternatif. Pages consultées le 29 août 2026. Les montants de primes et de tarifs de réseau évoluent chaque année : vérifiez votre situation auprès de votre gestionnaire de réseau et de votre comptable avant d'engager les travaux.
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Questions fréquentes
Damien, 44 ans, a géré pendant douze ans la flotte d'utilitaires d'une PME de second œuvre dans la région de Namur : achats, entretien, revente, et les galères de carrosserie qui vont avec. Il a vu passer des dizaines de Trafic, Transporter et Master, et il sait ce qui casse, ce qui se revend bien et ce qui coûte cher à l'usage. Il a lancé ce site pour comparer les utilitaires sur ce qui compte vraiment en Belgique : charge utile réelle, volume utile, TVA récupérable et coût au kilomètre — pas la brochure du concessionnaire.
